dimanche, décembre 20, 2009, 06:46 PM - Philosophie
Je trouve proprement choquant que Google soit condamné pour contre-façon lorsqu'il met à disposition sur son site quelques extraits d'ouvrages. Si j'ai bien compris l'argumentaire des maisons d'éditions, un auteur est seul à pouvoir décider de ce qui est fait de son œuvre. Et il n'a pas à tolérer que cette dernière soit diffusée partiellement et sans son autorisation.
Mais que croient-ils qu'il se passe en librairie?
Qui achète un livre sans avoir feuilleté quelques pages pour vérifier qu'il correspond à ce qui est cherché.
Google offre cette possibilité en même temps qu'il fournit un lien pour acheter le livre en ligne.
Que veulent les éditeurs ? Qu'on achète leur livre sans prendre la précaution de vérifier si celui-ci correspond à nos attentes ?
Sont-ils prêt à rembourser l'achat si le livre n'est pas aussi bien que ce à quoi on s'attend ?
Par ailleurs, la démarche de google permet à des œuvres épuisées et non ré-éditées de continuer d'exister.
Certaines maisons d'édition possèdent des droits sur des ouvrages qu'elle ne ré-édite pas à cause d'un retour sur investissement trop hypothétique.
Ainsi, des œuvres qui sont devenues introuvables pourraient se voir offrir une seconde vie sur Internet .. mais non.
Les éditeurs préfèrent les voir tomber dans l'oubli que de leur permettre d'exister sans eux. Cela s'appelle la politique de la terre brulée.
Si nous ne nous faisons pas d'argent avec cet ouvrage, personne n'en fera !!! La mort d'une œuvre est préférable à sa gratuité.
Et l'argumentaire déployé pour justifier cet aberration est le même que lorsque l'industrie du disque s'attaque aux diffusions sur internet.
Les maisons d'édition prétendent agir pour la défense des auteurs. Mais elles ne font finalement que défendre (à court terme) leurs intérêts.
Car les auteurs préfèrent certainement de loin disposer d'un moyen de faire connaitre leurs travaux de manière à susciter l'envie d'acheter plutôt que de se voir condamner à la confidentialité par des réseaux d'édition et de distribution ultra sélectif.
La réalité telle que je la voie, c'est que les industries du disque, du cinéma et de la littérature sont à côté de la plaque.
Elles tentent vainement de survivre en déployant des efforts considérables pour s'opposer à l'irrémédiable disparition de leur modèle économique.
Si elle passait le même effort à négocier les virages marketing qui s'imposent, elles auraient pourtant des chances de survie.
Mais non .. alors qu'elles crèvent la gueule ouverte .. et si possible en silence.
Pourquoi s'apitoyer sur le sort de sociétés qui se plaignent de ne pas suivre la compétition alors qu'elles se tirent elles-même une balle dans le pied?
Dans les combats David contre Goliath, je ne suis d'ordinaire pas pour les gros mastodontes .. mais là, il y a des limites à ce que l'intelligence peut supporter.




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dimanche, février 1, 2009, 10:42 PM - Philosophie
Il faut que je vous parle d'un livre que j'ai lu récemment et dont je peux dire que la lecture ne m'a pas laissé indemne. En parlant de ce livre, mes intentions ne sont pas neutres. J'entends donner envie à celui qui lit ces lignes de le lire et je nourris le secret espoir que cette personne le recommandera à son tour. Je voudrais transmettre ce livre comme on donne un trésor, la clé qui ouvre l'esprit à une compréhension supérieure des maux qui affectent nos sociétés.
Quel est ce livre?

Le livre en question s'intitule "Unto This Last". Il a été écrit par John Ruskin(1819-1900). Il est paru en 1860.
On en trouve une traduction française partielle ici, sous le titre "Les Ouvriers de la Dernière Heure".
La version intégrale en Anglais est disponible ici.
Comment ais-je découvert ce livre?
En me renseignant sur Gandhi, je suis tombé sur un passage décrivant les circonstances dans lesquelles Gandhi a lu ce livre et un passage de son autobiographie où il explique l'influence que ce livre a eu sur sa vie.
"Impossible de m'en détacher. Dès que je l'eus ouvert, il m'empoigna. De Johannesburg à Durban, le parcours prend vingt-quatre heures. Le train arrivait le soir. Je ne pus fermer l'œil de la nuit. Je résolus de changer de vie en conformant ma nouvelle existence aux idées exprimées dans cet ouvrage. (...) Je crois que ce livre immense me renvoya alors, comme un miroir, certaines de mes convictions les plus profondes ; d'où la grande séduction qu'il exerça sur moi et la métamorphose qu'il causa dans ma vie. (...)
Voici, tels qu'ils m'apparurent, les trois enseignements de cet ouvrage :
1. Que le meilleur de l'individu se retrouve dans le meilleur de la collectivité ;
2. Que le travail de l'homme de loi ne vaut ni plus ni moins que celui du barbier, dans la mesure où tout le monde a également droit à gagner sa vie par son travail ;
3. Qu'une vie de labeur - celle du laboureur ou de l'artisan, par exemple - est la seule qui vaille la peine d'être vécue."
Mahatma Gandhi
Personnellement, j'éprouve une certaine admiration pour Gandhi.
Savoir que l'ouvrage de ce John Ruskin avait autant contribué à sa philosophie m'a fortement incité à le lire.
Comment décrirais-je ce livre?
S'il fallait mettre ce livre dans une catégorie, je suppose qu'il faudrait le placer dans la case "traité critique d'économie politique". Mais sachez qu'il m'est douloureux de l'affubler de termes aussi ronflant au risque d'en effrayer les éventuels lecteurs. Je tiens à affirmer que sa lecture ne requiert aucune connaissance en économie ni en politique (la preuve .. j'ai réussi à le lire). En ce qui me concerne, j'aurais tendance à le placer dans la catégorie "philosophie politique".
Ce livre, écrit en pleine révolution industrielle, est une espèce d'analyse critique du capitalisme et des conséquences que le libéralisme pourrait avoir sur la vie des gens.
Mais sa force réside justement dans le fait de ne pas verser dans le marxisme.
Après m'être un peu renseigné sur les idées dominantes de l'époque de sa parution, je crois pouvoir dire que ce livre est une réponse à l'ouvrage "Principles of Political Economy" de John Stuart Mill et plus généralement une mise en garde contre les idées novatrices d'Adam Smith.
Comment puis-je donner aux gens l'envie de lire ce livre?
Je crois que les bonnes raisons de lire ce livre sont nombreuses mais que la principale reste le désir de comprendre notre monde.
Ceux qui aiment l'actualité y trouveront les clés pour comprendre les mécanismes sous-tendant la crise dont on nous rabat les oreilles actuellement.
Ceux qui aiment la politique y trouveront les idées qui peuvent aider à améliorer nos sociétés (clin d'oeil aux gauchistes en manque de programme .. servez-vous .. y'a de la matière)
Ceux qui aime la philosophie pourront y voir la suite de "Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes" de Jean-Jacques Rousseau
Si l'histoire a donné raison aux analyses de John Ruskin, il faut espérer que l'avenir donnera raison à ses recommandations.
Qu'est-ce qui distingue ce livre des autres ouvrages du même genre?
John Ruskin était architecte et critique d'art. Rien ne le destinait à parler d'économie politique. Ce livre est d'ailleurs, à ma connaissance, sa seule contribution dans ce domaine.
N'étant pas familier du sujet qu'il aborde, il le traite avec l'innocence d'un néophyte et ses raisonnements ne se fondent pas sur des considérations ésotériques et inaccessibles mais plutôt sur la matière la plus stable et la plus noble dont il puisse faire preuve: l'humanisme.
Comment se résume ce livre?
Je ne me risquerai pas à tenter de faire une synthèse de cet ouvrage tant je crains d'en écorcher le contenu et d'en amoindrir la portée.
Je pense que je ferais plusieurs fois référence à ce que j'ai lu dans ce livre dans la suite de ce blog car ce livre est tout simplement un monument dont la lecture a profondément chamboulé ma vision de notre monde.
Mon témoignage est le suivant: J'ai lu "Unto this Last" de "John Ruskin" et ma vision de ce monde a changé.
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